C.Sen

Trois ans après Correspondances, C-Sen livre Heure de pointe, un EP annonciateur du Tunnel, un second album libre, moderniste et racé. Le secret le mieux gardé de l’underground français.  

 Sur ces nouveaux titres, la vie prend du relief. Armé d’un flow à la fois technique et expressif, le rappeur déroule le fruit des ses errances nocturnes. La proposition semble banale mais l’écriture transforme tout : sa force réside dans sa capacité à embrasser dans un même souffle le dedans et le dehors, désordres intimes et désordres sociaux, descriptions saisissantes et ressenti personnel. A l’image du chef d’oeuvre « La Nuit des Temps », peinture de la nuit à Pigalle, sur les boulevards tarifés du nord parisien, C.Sen est constamment au coeur de son sujet.

Ni intello, ni bling-bling, ni politique-machin, C.Sen ne représente que lui-même : son vrai sujet, c’est lui; c’est à travers son regard que le monde se dessine ici entre caresses et paires de gifles, amertume et bonheur fugaces. Appuyés sur une écriture puissante qui cristallise impressions, sensations, odeurs et visions, ses textes en disent plus que n’importe quelle description triviale du rap classique. Une textualité moderne, un supplément d’âme qui fait de lui l’un des personnages les plus intéressants du rap actuel.

                                                Le Tunnel

 Un pied dans l’underground new yorkais des années 1990, l’autre dans le modernisme du Paris des années 2010, la tête dans la fumée des cierges, le poète en Stan Smith saisit la poésie là où on la croyait éteinte, sur le rebord d’un trottoir, dans la coulure d’un graffiti ou dans ces reproches qu’on sa fait à soi-même en rentrant, une fois de plus, à l’aube. Un disque élégant et dur, éclairé par la lueur des réverbères, à ces heures tardives où la lune se reflète avec insistance dans le caniveau. Et toujours ce son lourd…

C.Sen pose ses versets sur une électro-sauvage, un boom-bap cuirassé de technologies modernes qui revisitent son patrimoine rapologique en regardant vers demain. Un tout de musique et de son, un univers grandiose et degueulasse dont le futurisme decharné prolonge à merveilles ses émotions rugueuses.

Le Tunnel est produit par Olivier Dax (Dax Riders), qui s’est entouré, comme pour Correspondances, de Walter Wallace et Twoda auxquels viennent s’ajouter Toxic Avenger, DJ LBR et Nicolas Berger-Vachon.

© Thomas Blondeau